Credit picture:  ©Nikos Fragkou 2017

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Je suis obsédée: le corps des femmes. Ses représentations. et le cycle menstruel. Ce blog est une recherche, une quête. C'est aussi mon espace dans lequel je me pose beaucoup de questions, dans lequel j'expérimente aussi. Comment être plus en harmonie avec mon corps? En passant par le fitness, plus de curiosités sur l'alimentation et tout ce qu'on découvre de neuf sur le cycle menstruel féminin. Bienvenue dans un monde où la découverte et la réappropriation de soi se passe en "flow motion". 

This blog is also available in English.

It's all about this one and single obsession: female bodies. Their representations. The menstrual cycle. This blog is a way for me to research new ways and experiment It is my space to explore, question myself and get inspired through hard fitness training, learning about food and the power of menstrual cycle. Welcome in a world where learning and connecting with ourself is happening "in flow motion"

Le jour où mon père est tombé sur ma serviette hygiénique

Le jour où mon père est tombé sur ma serviette hygiénique

Je me suis liquéfiée. Littéralement. J’ai ressenti une gêne immense, comme un puit et ensuite un gouffre qui s’est vite creusé en moi.

J’étais tranquille dans le flow d’une activité, je ne sais plus laquelle, lorsque tout à coup, mon cher papa (paix à son âme). Sa voix provenait de la salle de bain. Il m’appelle de certaine manière qu’on appelle les gens pour discuter sérieusement dans un coin… ça ne sent pas bon donc. Mon cœur bat un peu plus vite. Je parcours les cinq mètres qui séparent le salon de la salle de bain en me demandant ce que j’ai bien pu faire cette fois. Oublier le bidet (oui c’était l’époque où il y’ avait encore des bidets dans les HLM) la dernière fois que j’ai fait le ménage ; est ce qu’on a laissé empiler trop de linge sale ?

 J’ai le temps de faire le tour des possibilités avant d’arriver devant mon père. Mais je n’étais pas préparée à ça, non. Sur un des murs de la salle de bain, il y’avait une toute petite armoire dans laquelle on ne trouvait pas grand-chose à part des bouts de savon, quelquefois le tube de crème dépilatoire qu’on se partageait mes sœurs et moi, le rasoir et les lames de mon père. Mon père qui est planté là au milieu de la salle de bain et qui me montre du doigt le haut de la petite armoire. Une serviette posée là, comme une fleur. Une serviette blanche sans pochette plastique, avec encore les patchs collants en dessous. Une serviette intacte, blanche comme neige. J’avais pris par mégarde deux serviettes avec moi lors de ma dernière douche. J’en ai sacrifié une, l’autre je l’avais mise au-dessus de la petite armoire en me disant « je l’utiliserai la prochaine fois que je me change, je la laisse là, personne ne remarquera… » Et bien c’est tombé sur mon père, cette gène de découvrir qu’une des femmes de sa famille avait laissé derrière elle…ça. Un objet qu’on ne présente pas aux garçons de la famille. Il me l’a montré du doigt puis il m’a demandé de ne plus jamais laissé pareille chose derrière moi. J’étais mortifiée. Je crois bien que c’est une des rares fois de ma vie où j’ai ressenti la honte de manière aussi forte. On se sent littéralement comme une tâche. On ne sait pas où se mettre car les yeux de la personne accusatrice sont sur vous et vous suivent partout. Autant vous dire que je n’étais au plus mal tout le restant de ma période de règles car j’étais devenue celle qui laisse des serviettes propres à la vue de tous.  

 

Un épisode traumatique qui a forgé les années à venir. Je devais avoir 15 ou 16ans. J’ai su dès lors qu’il fallait être extrêmement précautionneuse vis à vis de cette affaire. Les règles c’était une histoire de femmes dans ma famille. On mettait les paquets de serviettes sous les lits, au fond des armoire à linge, surtout pas dans la salle de bain !

Il ne fallait pas infliger cela aux hommes de la famille ; C’est pour ça qu’il n’y a jamais eu de petite poubelle dans la salle de bain. Quand on se changeait on enrobait soigneusement nos serviettes, dans le plastique vert, rose, violet qui vient avec puis dans du sopalin pour cacher l’emballage et puis hop on les mettait dans grande poubelle de la cuisine. Faire attention à tirer la chasse d’eau deux fois les premiers jours de règles et attendre pour vérifier qu’il n’y a absolument rien au fond de la cuvette.

 

Un épisode récent à la salle de sport a réveillé ce souvenir que j’avais enfoui très longtemps. J’avais une serviette blanche autour de moi et deux taches rouges en bas derrière car je m’étais assise de manière très confiante sur ma serviette éponge à ce moment-là. Une des femmes du vestiaire me prend à part ; je vois bien qu’elle a l’air gênée, elle bafouille le début de la phrase « sorry but I wanted to tell you… » et là je comprends et je finis la phrase « I have some blood… » Elle est toute penaude et elle s’excuse encore une fois. Sauf que moi, je n’avais pas du tout envie de m’excuser, merde ! Je lui dis quand même merci et je cache cette serviette tachée car après la révolte, j’ai tout de même un sentiment de honte qui me traverse, l’impression que je suis dévoilée et que tout le monde me regarde.

 

Souvent, je ne pense plus mes règles de cette manière ; j’en parle de manière ouverte bien volontiers mais c’est vrai que le sang doit rester quelque chose à moi, ça ne viendrait toujours pas à l’esprit d’exhiber ma cup ou mes serviettes lavables propres par exemple.  Chaque période menstruelle est une nouvelle occasion, une chance de réapprendre à placer tout mon être, y compris mon sang, en relation avec le monde. Je sens ça, cette pression de laquelle je m’extirpe petit à petit. Je n’ai pas l’impression d’y être encore. Il y’a encore pas mal de parts d’ombre, de dégoût de soi, de honte aussi. C’est un processus qui sera long, tout comme le dégoût et la mésestime du sang des règles se sont lentement, insidieusement installés dans ma tête.

 

 

Utérus: ce mystérieux inconnu à l'intérieur de moi

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